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ARAB ON RADAR (usa)
+ GORDZ (Paris)

15, 16, 17, 18 et 19 septembre 2000

 

Septembre dernier. ARAB ON RADAR envahissait l’Europe pour la première fois. Et d’après le texte de l’affiche, on avait plus qu’à trembler dans les foyers : " Un groupe unique et sans précédent, du terrorisme psycho-neurologique. AOR génère plus d’énergie et d’hystérie que n’importe quel autre groupe vu auparavant. Provoque sur le public des attaques cardiaques et un état d’excitation sexuel exacerbé. Ce n’est pas une blague. Ce groupe va vous contaminer ".
La couleur était annoncée ! 5 dates à couilles rabattues, la tête dans le guidon. Avec en ouverture de luxe, le trio parisien GORDZ qui ne présente pas non plus une santé mentale à toute épreuve, tout guettés qu’ils sont par la maladie de la vache folle. Le cirque pouvait se mettre en branle. Ca allait saigner et les esprits cartésiens mis à mal.


 

kfuel-13.jpg (22134 octets) Le temps de ces quelques lignes pour remercier au passage GORDZ de m’avoir supporté dans leur van 5 étoiles, la première date s’enclenchait au nord, à Dunkerque exactement. Un concert chez l’habitant puisque c’est le salon, au dimension supérieure à la moyenne, du groupe MILGRAM (un album sur Pandemonium records)qui sert de décor. Une énorme bâtisse où ils vivent, répètent et occasionnellement organisent des concerts sous le manteau. Mais un bouche à oreille qui fonctionne plutôt bien. 80 personnes au bas mot s’entassent pour cette première levée. Un cadre original mais qui ne surprend pas les ricains, habitués qu’ils sont dans leur beau pays à jouer chez l’habitant ou pour des soirées privées. L’occasion aussi de prendre la température et de faire connaissance avec 4 gars charmants et bien moins sauvages que l’affiche l’annonçait. Mais on s’en doutait ! Avec un cinquième membre renommé, Mark Fisher, ze boss of Skin Graft himself, installé depuis peu en Europe, à Vienne, et pas revu dans nos contrées depuis une autre tournée mémorable avec US Maple....

 

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Et si avec US Maple, on touchait du doigt une certaine idée de la débilité légère, Arab On Radar enfonce le clou au-delà de nos espérances. Tous habillés d’un même costume vert-de-gris, le quator (un batteur, 2 gratteux et un chanteur), dès le one-two-three-four strident balancé par le batteur et qui lancera par la suite chaque début de morceau, disjoncte complètement pour ne plus s’arrêter pendant une bonne demi-heure. Chacun part dans un délire perso et c’est à celui qui paraîtra le plus stupide possible. Inimaginable ! Des chorégraphies de l’impossible. Vous n’avez pas assez de vos deux yeux pour tout mater, ahuri que vous êtes par leurs extravagances scéniques. Les 2 guitaristes qui se traînent par terre, montent sur les amplis, se grattent l’oreille avec le pied gauche tout en jouant (enfin presque, dans la mêlée, j’ai pas tout bien vu). Le batteur qui passe plus de temps debout qu’assis pour frapper comme un sourd sa pauvre batterie ou qui prend ses baguettes pour des hélices d’hélicoptères. Mais à ce petit jeu, le chanteur remporte la palme. En pleine fièvre du samedi soir, ce John Travolta élevé au Tex Avery crie à qui veut l’entendre que " personne ne danse aussi bien que moi ". On le croit sans problème. Un guignol de première qui se démantibule de partout, un sens du déhanchement aussi fluide et sexy qu’un CRS en tutu, des expressions de visage qui frôlent l’internement psychiatrique immédiat, bref un répertoire de conneries jamais vu sur scène. Et je n’exagère vraiment pas ! Ce groupe est complètement loufdingue et pètent les plombs comme jamais, façon grand show à l’américaine tout en restant très spontané. Et la musique dans tout ce bordel est délicieusement cacophonique ! Ca couine, ça crisse, ça dérape . De loin, on pourrait croire que c’est n’importe quoi. Mais à la manière de US Maple, c’est très maîtrisé version plus bruyante et électrique. Auparavant, GORDZ aura donné le ton de la soirée. De l’humour, loufoque juste ce qu’il faut, de nouveaux morceaux bien sentis dans un style noise Chicago Skin Graftien plus épuré. Mais une prestation où on les sent un rien fatigué. Pas encore le rythme sans doute. C’est pas tous les jours qu’on entame un world french tour !

Et ce n’est que le début d’une longue nuit où les langues se délient, le corps de nos chers ricains de se trémousser sur les standards de la variété internationale et où on apprend la signification de ce bizarre patronyme, Arab on Radar, qui surprend plus d’un frenchy. C’est un des deux guitariste, Mr Clinical Depression qui s’y colle :
" Nous pensons que dans de nombreux endroits, et aux USA spécialement, il existe une paranoïa extrême. Certaines personnes avec qui nous sommes en désaccord se nourrissent de cette paranoïa (comme le KKK, les politiciens comme Al Gore, Bush, bref tous les connards de ce monde, vous voyez de qui je veux parler). Ils ont besoin de cette paranoïa pour asseoir leur pouvoir. Aux USA, ces nouvelles personnes à détester (tout ça relayé par les médias) sont les Arabes, les Musulmans.... Avant, c’était les communistes ou les asiatiques. Mais les gens ont évolué un peu. Il est donc devenu difficile pour nos ennemies de maintenir cette paranoïa sur cette catégorie de population. Donc maintenant c’est le tour des Arabes ! Nous ne sommes pas un groupe vraiment politique, mais le nom Arab On Radar (avoir les Arabes dans le collimateur) semble la pire crainte de l’Américain ignorant de base. Et nous nous moquons de cette idée, cette nouvelle paranoïa.... "

Après une nuit des plus courtes et un accueil des plus chaleureux, cap sur Rennes ! At home, devant une petite poignée d’aficionados qui restera la plus maigre des affluences parmi ces 5 dates françaises. Shame on us ! Je ne pas vous narrer les prouesses scéniques des 4 mecs les plus oufs à l’ouest de Pecos. C’est dans la même veine que la veille. Et de part l’aspect visuel qu’ils dégagent, on s’en prend toujours plein les mirettes et on ne s’ennuie pas une seconde. Par contre, Gordz, attendu au tournant dans une ville qu’ils ont déjà souillé de leurs déviances sonores, hausse la cadence. On a presque le droit à des sketches avant, entre et pendant les morceaux. Tendance rare chez un groupe français. Gordz donne dans le second degré à outrance, se prend pas au sérieux et assure comme des bêtes. Ca garde un coté bancal et rafraîchissant, pas le genre à donner 2 fois le même concert. Tout comme pour AOR dont on se prend à se demander quelles ont été les réactions les plus surprenantes de la part du public pendant leurs concerts.... Toujours Mr Clinical Depression :
"  Quand le public devient plus fou que nous ! Nous avons des fans qui viennent à nos concerts déguisés en bites ( ! !) et pètent complètement les plombs ! Et dans ce cas là, on ne sait jamais si ils s’amusent ou vont tout simplement nous tuer ! J’espère juste à chaque fois que toute leur démarche reste positive car quelquefois, nous avons dû nous battre avec une partie du public qui n’avait pas compris ça. Nous adorons les déguisements. J’aimerais que plus de gens se déguisent pour nos concerts ou soient juste détendus, eux-mêmes, comme à Rennes. Nous adorons les gens en France, ils savent comment s’amuser, comme à Rennes et ils reconnaissent " l’art " quand ils en voient....

Quant à leur attitude sur scène (" 4 mecs essayant d’être le plus stupide possible "), Mr C.D. continue :
" Nous sommes très conscients de la musique que nous jouons. Nous sentons que nous avons une théorie nouvelle quant à l’approche de la musique. Je pense que c’est comme une révolution par rapport à la musique en général pendant les années 90. Certains pensent que nous sommes stupides, sans talent mais la musique est importante, consistante et nous allons vers une nouvelle façon de jouer de la musique. C’est une musique nouvelle et comme à chaque évolution, certains s’accrochent au passé et refusent la nouveauté. J’espère que les gens nous respectent pour ça, pour notre originalité, notre façon de s’amuser sur scène, pour être un groupe qui se donne à 100% et qui ne triche pas. Vous devez vous demander : " est ce de la musique qui me divertit ou est ce de la merde, est-ce inintéressant ? " Chacun est libre de choisir. Et je pense que beaucoup de groupes sont beaucoup plus stupides que nous. Non seulement stupides mais ennuyeux. "

Après une autre nuit des plus agitées lors de la grande braderie annuelle à Rennes où tout le monde dort, déambule et picole dehors (ce qui ne manque pas de stupéfier les ricains car chez eux, vu le niveau d’insécurité, une telle manifestation est impensable), c’est main basse sur Poitiers ! Arrivée en douceur dans une belle après-midi dominicale et ensoleillée. Arab on Radar et Gordz ne s’en laissent pas compter et à l’heure de l’apéro, dans le hall du Confort Moderne, plus d’un pastis tourne à l’aigre. Les Arabes sur le Radar laissent rarement indifférent (surtout à Poitiers ahah !). Soit on reste sur le cul, soit on fait la mine des mauvais jours, on se demande c’est quoi cette mauvaise blague et on ne demande pas son reste. Ce dimanche en fin d’après-midi qui s’annonçait tranquille, seule une poignée resteront.... Et c’est pour ça qu’on les aime, pour l’inconfort dans lequel ils nous plongent, cette façon de nous surprendre et nous apporter quelquechose de forcément nouveau. Ca passe ou ça casse !

Et encore heureux que le public ne comprenne pas les paroles ! (imprimées tout de même sur les disques) !! Yaurait de l’incompréhension totale dans l’air.... Le sujet central est le sexe. Avec des mots crus, une queue est une queue. Avec un sens de l’humour bien accroché. Avec des odeurs de muscles transpirant dans les vestiaires, machos de tous poils, unissez-vous. Avec un non-sens continu, des profs attirés par leurs étudiantes, des érections matinales en regardant les jolies jeunes filles prendre leur bus. Ou encore Judy Garland qui n’a jamais utilisée de tampons ( ! ?). Ca mérite là encore quelques explications. Mais hélas ce n’est pas le principal intéressé, c’est à dire le chanteur, qui en parle mais toujours Mr C.D. :
" Bon d’abord, nous aimons tous le sexe. Mais les paroles sont toutes issues du chanteur. On en discute pas au sein du groupe, pas comme une ligne de guitare ou un rythme de batterie. C’est sa propre création, largement tirée de sa propre expérience et de son imaginaire. Personnellement, je trouve que c’est de la vraie poésie. Ces paroles sont uniques et si on les lit avec attention, on s’aperçoit que ça va bien au delà du seul sujet du sexe. Ce sont des contes abstraits surlesquels beaucoup de personnes ne préfèrent pas y réfléchir mais à mon avis, nécessaire pour l’évolution de la musique et de l’esprit en général. "

Le lundi, on reprend la semaine pour Paris, aux Instants Chavirés. Cette fois-ci, ce n’est pas Gordz qui ouvre, mais un autre groupe local dont je ne me rappelle plus le nom (oups !) mais qui comporte deux membres d’Heliogabale et l’ancien chanteur de Cornice dont la voix fait toujours autant penser à Mark E. Smith. Une musique sage et bien faite qu’on pourrait, par manque d’imagination, qualifiée de post-rock mais qui demanderait un bon coup de pied où je pense ! Par contre, des conditions de sons impeccables pour le concert le plus audible des 5 dates d’AOR en France.

Et pour la dernière date, à Lyon, ce sera le feu d’artifice. Le temps auparavant de faire un bout de trajet dans le van d’AOR. Et quelle ne fut pas ma surprise de faire la route bercer par du rap, le premier Metallica et des vieilleries seventies ! L’auto-radio en était plein ! Et, entre deux airs d’autoroutes, quelques confidences sur leur prochain album :
" Cet album s’appellera " Yaweh or the Highway ". Nous sommes toujours en train de le composer. Nous devons l’enregistrer en mars 2001 avec un son très clair. Nous avons abandonné l’idée de capturer sur disque notre son pendant les concerts. Nous voyons désormais les concerts et les disques comme deux choses séparées mais égales. Nous espérons que ce prochain album sera notre " Sgt Pepper’s ", dans le sens ou ce sera un bon disque psychédélique et écoutable dans ce contexte. Nous voulons que les gens l’écoutent très régulièrement, ce qui n’était habituellement pas le cas avec les précédents albums. Les titres sont écrits avec une approche studio. Ce sont de titres étranges mais intéressants et à mon avis, ils vont impressionner beaucoup de gens qui sont à la recherche de quelquechose de nouveau. Je ne pense pas qu ‘il existe beaucoup de musique comme celle de " Yaweh or the highway ". Donc je suis heureux ! Et ce sera réalisé par notre label favori, Skin Gratf !

Comme beaucoup de villes en France, Lyon peine à trouver des salles de concerts (même si Le Pez Ner vient de réouvrir ses portes début mars 2001) accessibles aux associations DIY, comme SK qui organise les festivités. C’est donc au Kaminclub et sa petite salle au plafond bas et à la température surélevée que s’entassent Gordz et AOR. La foule des grands soirs. 10 personnes au mètre carrée. Masque à oxygène obligatoire ! Pour ma part, le concert s’écoutera plus qu’il ne se verra et autant laisser la place aux autres, n’est ce pas ! J’aurais juste le temps de voir le batteur d’AOR nu comme un ver (les autres n’ont enlevé que le haut), la zigounette coincée entre ses cuisses pendant qu’il marzèle en cabence ! Leur meilleur concert, le plus fou d’après leurs propres dires depuis le début de leur tournée européenne, surchauffés qu’ils étaient par cette ambiance forcément très électrique. Ils en sortent radieux et avec 3 kilos en moins ! Quelques accolades chaleureuses plus tard, leur périple continue plus au sud, bonjour l’Italie et pour nous back in Panam avec Gordz. Et s’endormir du sommeil du juste sous hautes doses de rêves agitées....

SKX (15/02/01)

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