|
• 22 Janvier 2001 - Union Chapel, Londres
| |
Les canadiens d’A Silver Mount Zion partagent trois
membres avec le collectif Godspeed You Black Emperor
!, ou « l’équivalant post-rock du Wu-Tang Clan ». On
les présente comme un version minimal de Godspeed!,
délestée de leur section rythmique et de quelques
guitares - soit plus proche d’un Rachel’s bruyant,
sombre et triste que des ébouriffants canadiens. Ou
comment une bande de punks gentiment anars et DIY
s’attaquent à la musique classique et lui découpe un
short.
Plutôt étonné par la splendide église à l’acoustique
idéale ou se déroule ce concert (!), je reste assis
sur un des bancs comme à la messe, avec ma bière à la
main, à écouter dans la pénombre la musique intense et
mélancolique de ces deux artistes du même label,
Constellation. Presque de quoi retrouver la foi... Le
lieu étonnamment plein à craquer (les nombreux
concerts du collectif Godspeed! à Londres les semaines
précédentes n’y sont pas étranger), Frankie Sparo
débute la soirée avec sa guitare et sa voix aride,
sorte de Bill Callahan (Smog) accompagné de violons et
de samples de bruits répétitifs. Il joue aussi
quelques titres en français mais il est difficile
d’entendre et donc comprendre de quoi il parle. Joli
mais un peu trop ascétique pour moi, j’ai pas trop été
séduit par sa prestation live, même si je reconnais
que sa musique est touchante et personnelle.
Par contre, en concert, même en infériorité numérique,
ASMZ est au moins aussi intense que Godspeed! Ils sont
d’ailleurs deux fois plus sur scène que sur leur
unique album, au titre à ralonge, « He has left us
alone, but shafts of light sometimes grace the corner
of our rooms… ». Sur cet album, bizarrement écrit en
hommage à la mort de leur chienne Wanda (!), la
musique du groupe est assez bien résumée par un des
titres : « Movie (never made) », soit une évocation de
paysages désolés filmés au ralenti. En gros,
l’antithèse de la bouillie MTV.
Sur scène, ils sont six : deux violons et un
violoncelle, une contrebasse, un guitariste/bassiste,
et Efrim au piano et à la voix. Une voix tremblotante
et touchante, surtout quand il tente de marmonner au
public à propos « d’enfance, de promesses non tenus,
de peuples unis, de nos vies misérables (…) », en
balbutiant pendant de longues minutes, dans un silence
religieux (c’est le cas de le dire…) sans que personne
ne comprenne tout à fait son propos. La musique parle
en tout cas d’elle-même et il est difficile de décrire
avec des mots l’étendue des sensations ressenties à
l’écoute de ces longs morceaux s’étirant souvent,
comme chez Godspeed!, sur plus de 10 minutes.
Certes, la batterie manque parfois pour agrémenter
leurs crescendos d’instruments à cordes. Mais
l’essence même du side-project ASMZ est sûrement de
laisser ça à Godspeed!, alors ne renions pas notre
plaisir, celui de tout oublier pendant deux heures.
Peut-être était-ce du en partie au lieu, mais on a le
sentiment d’avoir assisté à un moment rare, une
expérience qui a sans doute marqué aussi une bonne
partie du public, qui s’en va bouche bée et les yeux
émerveillés rejoindre le sommeil et rêver, encore. Ca
fait con de le dire mais c’était presque ca : une
expérience intime et quasi-religieuse. Bref, j’ai pas
connu Wanda mais ca devait être une chienne
extra-ordinaire.
Discographie :
- A Silver Mt. Zion « He has left us alone…» (Constellation)
- Frankie Sparo « My Red Scare » (Constellation)
RAPHA (12/02/01)
|